mise à jour : 30.03.2020

Il y a une semaine environ, je vous écrivais un billet sur la place des masques en tissus dans la prévention du COVID-19. Vous avez d’ailleurs été nombreux à vous connecter pour lire (un grand merci !) que mon site a été hors de service quelques heures. Je ne pensais pas revenir si vite vous écrire un nouvel article. Et pourtant, cette nuit j’ai repris ma plume mon clavier afin de vous apporter de nouvelles informations, car l’AFNOR vient de sortir un document sur l’utilité des masques barrières

De mon petit statut de blogueuse, je ne pensais pas faire autant de bruit. Et pourtant, mon article en a fait assez, puisqu’il est arrivé jusqu’aux oreilles des professionnels de santé, des chefs de service d’hôpitaux, et j’en passe. Depuis l’article, je reçois des centaines de mails par jours que je n’ai pas encore traité…. Comme je vous l’ai écris précédemment, mon statut fait que je suis extrêmement sollicitée (professionnellement parlant).

Bref ! Si je reviens aujourd’hui c’est qu’un document officiel vient enfin confirmer que les masques en tissus ont une certaine efficacité dans la prévention du COVID-19, sous réserve d’une bonne utilisation.

Masques en tissus / masques barrières : le guide de l’Afnor

L’association française de normalisation (AFNOR) a publié vendredi soir, un guide d’utilisation à destination des professionnels mais également des particuliers concernant la conception des masques barrières.

Au cœur de sa mission d’intérêt général, AFNOR a engagé ce projet avec le concours d’une communauté d’experts exceptionnelle, que je salue, déterminée pour travailler en untemps absolument record et aboutir, en 7 jours et sans aucune réunion physique, à un document de référence, consensuel et représentant la conjugaison des expériences de chacun. Le projet continue puisque nous allons améliorer et enrichir ce document au fil des retours d’expériences, grâce à une communauté d’industriels et d’utilisateurs, en liaison avec les Pouvoirs Publics.

OLIVIER PEYRAT , Directeur général de l’afnor
communiqué de presse AFNOR, 27 mars 2020

Vous pouvez d’ailleurs retrouver en intégralité, le communiqué de presse en cliquant ici.

Le guide d’utilisation de l’Afnor n’est pas une norme ou une réglementation. C’est un guide, destiné à informer toutes personnes souhaitant réaliser des masques barrières. D’ailleurs, qu’est ce qu’on entend par masques barrières ? D’après le guide mis en ligne,  ces masques sont destinés aux salariés des entreprises, des services publics et à toute la population saine. Les masques barrières viennent compléter la panoplie des indispensables gestes barrières face à l’épidémie de coronavirus.

En fournissant des masques barrières à cette partie de la population, les masques anti-projections (masques chirurgicaux) ainsi que les masques de protection respiratoire seront réservés en priorité aux personnels de santé qui en ont réellement besoin. Parce que non, porter un FFP2 pour aller chercher sa baguette de pain n’est pas utile ! Restez chez-vous, et manger du pain de mie, bordel !

Vous retrouverez 2 patrons dans ce guide, inspirés des formes standards de masques. Le premier est une forme en bec de canard, tandis que le second est de la forme 3 plis. Il n’y a pas de masque « coques » comme j’ai pu le proposer dans mon précédent article (sur la base du patron diffusé par le CHU de Grenoble). Bien qu’aucun test n’a été mené, il a été jugé pertinent de penser qu’une couture verticale passant par le nez la bouche et le menton pourrait diminuer les performances des matériaux testés. Dans le doute, faites plutôt l’une des 2 formes proposées ;)…

D’ailleurs, bien que le guide soit à destination des professionnels et des particuliers, les explications apportées pour les patrons ne sont en aucun cas (de mon point de vue de blogueuse !) destinés aux particuliers… Je vous laisserai vous faire votre propre avis ! Néanmoins, si vous vous sentez perdue : je vous conseille de télécharger le patron diffusé par SPF santé publique. Lui est rédigé pour des particuliers. Pour cela, cliquez sur le bouton ci-dessous, il vous renverra directement sur la page adéquate !

Masques en tissus / masques barrières : quels matériaux utiliser ?

C’est LA grande question. Même si je n’ai pas lu tous les mails ni tous les commentaires que vous m’avez envoyés, vous êtes très très très nombreux à m’envoyer des messages (accompagnés de photos ou non) me demandant si ce type de tissu peut convenir.

Bien que je sois du métier, je ne peux pas déterminer à partir d’une photo si ce tissu est mieux qu’un autre. Dans la plupart des cas, il faut faire preuve de bon sens (un sac en plastique sur la tête vous protègera des postillons, mais vous privera aussi d’oxygène…). Je ne peux malheureusement pas vous répondre individuellement, le temps me manque.

Le guide AFNOR

Cependant, dans le guide de l’Afnor, vous trouverez 2 tableaux en annexe A qui pourront vous aider :

– le premier reprend 10 échantillons testés par la DGA (direction générale de l’armement) au moment de l’élaboration du guide. Ce tableau compare les échantillons, aux recommandations minimum d’un masque anti-projection. Comme je vous l’avez expliqué dans mon précédent article, deux tests sont à retenir : la respirabilité et l’efficacité de protection aux projections.

Prenons l’exemple de l’échantillon 4, tableau 1 de l’annexe A : c’est une structure dite multicouche, composée de :
– une épaisseur de polycoton (mélange coton et polyester)
– une épaisseur de ouatine (dans le métier on appelle ça un non-tissé) de polyester
– une épaisseur de polycoton (mélange de coton et de polyester)
– la masse surfacique de l’ensemble (= les 3 couches) est de 260 g/m2
A la lecture du résultat il faut comprendre que :
respirabilité : non conforme = on ne peut pas respirer correctement avec
protection aux projections : ok = au moins 95% des postillons sont arrêtés

– le second reprend 9 échantillons testés par la DGA (direction générale de l’armement) au moment de l’élaboration du guide. Ces échantillons ont été comparé aux masques de protections respiratoires (les fameux FFP1 FFP2 et FFP3). Ce sont d’autres tests, différents de ceux appliqués pour les masques anti-projections. Vous remarquerez la différence : la respirabilité a été remplacé par BFE (efficacité de filtration barrière), puisque les masques de protection respiratoire doivent filtrer l’air inspiré. Les croix indiquent que le test s’est révélé négatif…

Si la notion entre masque anti-projection et masque de protection respiratoire est encore flou pour vous, je vous invite à (re)lire mon article précédent, en cliquant juste .

Les masques artisanaux

Petit disclaimer : artisanal n’est pas un terme péjoratif. Il s’oppose simplement au terme « industriel ».

Le guide de l’Afnor est à destination de toutes personnes souhaitant réaliser des masques barrières. De l’industriel à la couturière passionnée, ce guide est accessible par tous. Vous pouvez le télécharger en remplissant ce formulaire.

Je n’ai pas l’autorisation de vous le diffuser (bien qu’il soit gratuit) pour la simple raison que les annexes seront régulièrement mises à jour au fur et à mesure que la DGA réalisera de nouveaux tests ET que vous recevrez chaque mise à jour en téléchargeant la V1 par le site de l’Afnor.

Je dois vous avouer que même en étant du métier, une « popeline 120 fils » je ne sais pas ce que c’est…. Car il existe différentes façon de caractériser un tissu et cette dénomination n’en fait pas partie (à ma connaissance…). En effet, on défini une étoffe par :
– son armure ou sa contexture : c’est la manière dont les fibres s’entrecroisent: une toile, un satin, un sergé, un jersey, des côtes 1×1 etc
– le nombres de fils constituant l’étoffe : il est généralement donné par centimètre, il doit y avoir un nombre pour la trame et un nombre pour la chaîne (et qui n’est pas forcément identique)
– le titrage des fils utilisés : c’est une unité qui exprime le nombre de mètres pour 1 gramme. Un Nm 10 signifie que 10 mètres de ce fil pèsent 1 gramme, un Nm 100 signifie que 100 mètres de fil pèsent 1 g. Par comparaison, un Nm 10 est donc plus gros qu’un Nm 100.
– le grammage du tissu : généralement exprimé en g/m2 (ou gsm pour gram square meter).
– la matière de ces fils. Un Nm 100 en coton ne sera pas identique à un Nm 100 en acrylique par exemple, et même si on réalisait un tissu avec les mêmes paramètres (armure, nombre de fils par cm, les réglages machines) on n’obtiendrait pas le même rendu de tissu à la fin.

A l’heure actuelle, et avec les tableaux fourni par la DGA, il m’est impossible de vous donner des références de tissus conformes pour la respirabilité et pour la protection aux particules. Néanmoins, je vous invite à consulter régulièrement ce lien qui met à jour les différents échantillons testés (plus vite que l’AFNOR, héhéhé !). Ce tableau va s’affiner de jour en jour et vous devriez pouvoir vous y répérer rapidement.

Je vous invite à lire avec attention les recommandations de l’AFNOR pour toute conception de masques barrières. Bien que cela relève du bon sens parfois, il est impératif de les rappeler. J’ai encore vu passer sur les réseaux sociaux et en mp, des gens me demandant si une serviette hygiènique (précisant propre !) pouvait faire office de masques….

Mes dernières recommandations

Depuis la sortie du document AFNOR, je reçois encore plus de messages. Mais ces dernières portent souvent sur la question suivante « J’ai déjà fait des masques d’après le tuto du CHU de Grenoble / ton tuto. Est ce que je dois tout recommencer ? » La réponse est non.

Maintenant que le guide afnor est sorti, et que l’ANSM a émit un avis défavorable sur les masques avec une couture sagittale (=couture passant par le nez la bouche et le menton), adaptez votre patron. Vous trouverez à la fin de mon précédent article, des liens vous redirigeants vers des patrons dont la confection convient au guide spec AFNOR. Car il faut être honnête, les explications ne sont pas destinées aux particuliers dans ce guide…

Gardez en tête que ce que vous avez fait depuis le début est mieux que de ne porter aucun masque. Assurez-vous cependant de pouvoir respirer correctement à travers vos épaisseurs de tissus. Assurez-vous de ne pas avoir trop chaud en le portant. Je me répète, mais je vous recommande le coton plutôt que le polyester.

Je suis consciente que vous n’avez pas la possibilité de faire tester vos propres tissus. Ce tableau, régulièrement mis à jour vous permettra de réaliser votre propre masque (cliquer sur « Consultez le tableau complet de la base de données matières pour les masques à usages non sanitaire » pour télécharger le PDF 😉 ).

Même si votre masque en tissu n’arrête que 50% des particules, dites vous que c’est toujours mieux que rien ! Vous avez 50% de chances de ne pas contaminer les gens que vous allez croiser. Et en période de guerre sanitaire, 50% de protection c’est mieux que 0%. Même si ça, les hauts dirigeants de l’état ne l’ont toujours pas compris….

Je compte sur vous pour faire preuve de bon sens, et pour diffuser cet article aussi largement que mon précédent billet.

En attendant : prenez soin de vous et
respecter les consignes de confinement !

(sinon on sera reparti jusqu’à mi-mai…)